Brève du 13 octobre:

J'annonce la sortie officielle de la première rustine de la première version, "Tamago.fr v1.1" pour faire genre ce site n'est pas en carton. En parlant de carton, ce dernier est gracieusement prêté par David Lanham. Pour vous inscrire/vous désinscrire à/de la newsletter il suffit d'entrer votre adresse e-mail dans le champ prévu à cet effet. Vous serez alors automatiquement prévenu de tout nouveau billet posté sur le site.
Bonne semaine !

        

Migrations pendulaires

29 novembre 2008   -   18 commentaires

Chroniques du rail, deuxième. Le quotidien du salaryman japonais n'est décidément pas une sinécure. Compressé dans la chaleur étouffante du wagon entre un autre salaryman se raclant régulièrement la gorge jusqu'� l'�?sophage, concentré sur sa console portable et sa simulation d'élevage de cheveux (!) et une lycéenne en uniforme blasée au regard vide, on pourrait être tenté comme elle de se laisser aller � une douce résignation, fermer les yeux et attendre son arrêt (pour moi le terminus) dans la marée humaine de voyageurs qui n'ont rien demandé et se retrouvent coincés comme vous avec des inconnus dans un wagon... Pires pour eux, ils sont même coincés avec un gaijin, un étranger.

Grave erreur ; méfions-nous de l'eau et du salaryman qui dorment. Au moindre mouvement brusque des voitures cette marée humain vous fera sentir d'abord le poids de tout ses Japonais déséquilibrés, puis les coudes des quelques résistants. Les voitures étant bondées et les Japonais souvent aussi costauds qu'une crevette mononucléosée, ils se laissent bien souvent (em)porter par le flux, et tant pis pour les malheureux au bout du rouleau wagon et du gaijin qui soupire dans son coin... Je suis persuadé qu'on peut se faire une déchirure ou un claquage dans les transports japonais en essayant de ne pas se comporter comme un flan lors des freinages et virages des voitures. J'espère bien ne pas en devenir une preuve vivante, mais pour ma peine et mes efforts héroïques dans la défense de la dignité humaines je récolte chaque jour de nouvelles courbatures et douleurs dans le bras.

Le pire reste pourtant � venir, et peut être annoncé par la tension soudaine que vous sentez dans le dos (quand vous êtes chanceux) de votre voisin � l'approche de la station ; il veut descendre. La mission d'individus vicieusement disséminés dans le wagon est de sortir, et vu l'empressement des congénères qui veulent rentrer ils font bien de se raidir. Il convient de repérer les signes avant-coureurs de l'activation de vos compagnons-zombies, vos futurs pires ennemis dans votre épique aventure pour aller au bureau. J'ai déj� signalé le raidissement, et il y a aussi bien sûr le rangement du journal/livre/magazine/portable/jeu électronique du prévenu, mais sur ma ligne les gens n'ont pas souvent la place de sortir quoi que ce soit, et ceux qui le font sont souvent silencieusement haïs par une bonne dizaine de personnes durant leur trajet. Il faut chercher plus en détail: le regard furtif et angoissé porté sur la montre-bracelet après un dangereux et fatiguant dégagement du bras pour le porter � hauteur de visage (mais attention, les tentatives de dégagement de bras sont souvent de fausses alertes genre grattage de nez), la convergence des regards des Restants vers un siège encore occupé (les Japonais étant meilleurs que vous � ce jeu par la force de l'habitude et leur capacité supérieure de lecture de visage d'un compatriote, fiez-vous � leur instinct) ou bien encore le blanchiment des jointures des mains enserrant l'attaché case ou le sac � main peuvent vous renseigner.

Une fois les Sortants en puissance les plus proches repérés, et en n'oubliant pas leurs éventuels complices que vous avez dans le dos (impossible de tourner le torse, trop de monde), il faut chercher du regard une planque pour s'y faire tout petit, un endroit permettant de maximiser votre sécurité, soit par l'assurance d'une prise solide soit par son éloignement des trajectoires futures des Sortants et des Entrants (attention, les Entrants sont souvent très entreprenants et n'hésitent pas � jouer du coude pour piquer une planque que vous auriez manquée ou s'en ménager une, même loin � l'intérieur du train). Que vous ayez trouvé une planque ou non, accrochez-vous � votre bagage et ne le lâchez sous aucun prétexte, il ne sera pas volé mais personne n'hésitera � le faire tomber et le piétiner puisqu'il n'a rien � faire sur leur chemin... Le mien peut témoigner.

Voil� , alea jacta est, ça part. Plus de raclements de gorge dégueulasses, de simulation de coaching d'équidés ou d'uniformes kawaii (mignon) qui tiennent ; les regards des Sortants prennent la fixité des démons déments et leur lutte muette contre les Restants et certains Entrants, les premiers comme les seconds évitant soigneusement de regarder leurs adversaires empressés, n'est pas sans me rappeler dans mes moments de pseudo-réflexion � deux yens (ie en ce moment presque 2 centimes d'euros, un record) la lutte des êtres contre la marche du monde et des sociétés...ou une migration de gnous.

PS: Aucun Japonais n'a été blessé durant la rédaction de ce billet

        

Salaryman

16 novembre 2008   -   185 commentaires

Déj bientôt 5 mois au Japon, dont 17 semaines de stage. J'ai envie de faire un petit bilan.

Donc, 5 mois. Environ 150 jours, 49 billets et plus de 500 photos sur ce site. Des milliers de choses curieuses raconter sur le Japon, auxquelles je pense et que j'oublie. J'ai du mal être régulier dans mes billets et ne rien oublier.

Par exemple, prenez mon nouveau stage. J'ai commencé il y a trois semaines, et il ne m'en reste que quatre. Trois semaines prendre tous les matins le train sur la 中央? Chuo Line bondée, plein craquer de salarymen empressés et souvent malpolis, dans lequel je médite sur la condition humain et celle des Japonais. On pourrait supposer un "contrat social" japonais qui expliquerait pourquoi les Japonais subissent tant dans les transports, autorisent le personnel de la gare les pousser dans les wagons pour que les portes ferment (souvent aux heures de pointe) et leurs voisins de les piétiner sans vergogne. Je n'ai jamais vu un Tokyoite se laisser aller, au travail dans les transports ou ailleurs, la galanterie ou la simple courtoisie gratuite. Mes collègues me laissent passer dans l'ascenseur, parce que je suis le petit stagiaire étranger et qu'ils sont habitués voir des stagiaires japonais craignant leur propre ombre et plus encore celle de leurs supérieurs pendant leur stage éclair de 2 ou 3 semaines. Mais tout autre statut leur est indifférent. C'est certes de la galanterie (délicieusement) surannée, mais beaucoup de Français cèdent parfois leur place, laissent passer un membre du beau sexe ou sont un peu honteux de ne pas le faire. Ici c'est différent, la société s'est mis d'accord pour faire la part belle au salaryman homme d'âge mûr (ojisan). Je suis loin de l'âge mûr, mais j'ai le droit au même traitement au travail. Dans l'ascenseur ou les lieux publics les femmes paniquent souvent quand je leur cède le passage, même lorsqu'elles sont plus proches de la sortie que moi. Souvent elle passent sans dire un mot, anxieuses et dérangées de mon comportement étrange... Bien sûr elles comprennent, mais elles sont surprises, et certaines collègues me disent "Ah oui, c'est vrai, en France c'est ladies first", comme on dirait en France "Ah oui, c'est vrai, au Japon ils mangent du poisson cru et ne mangent pas de pain", avec le même degré d'exotisme...

Donc, pas de galanterie, jamais, et d'après mon expérience une femme japonaise essaiera toujours de laisser passer ses collègues masculins sur son lieu de travail (ascenceurs, bureaux, ...), même les étrangers. Par contre le métro est un autre microcosme. L , c'est la jungle. Toujours pas de galanterie, mais pas de respect non plus. Les personnes âgées, les femmes enceintes, tout le monde s'en moquent comme de l'an quarante. Le salaryman japonais dont la rapidité et souvent la viciosité lui auront permis de trouver une place assise restera assis en toute occasion, sûr de lui, et les plus sensibles qui pourraient éprouver de la honte font semblant de dormir lorsque cela les arrangent. Ils n'hésitent s'asseoir que quand ils ont peur. Toujours selon mon expérience, il y a deux situations dans lesquelles cela arrive. La première: le salaryman entre dans le wagon avec son supérieur, pour aller/revenir du travail ou d'une sortie entre collègues. L , une place est libre, le salaryman l'offrira plus ou moins obséquieusement son supérieur. Deuxième situation: un étranger (gaijin) se trouve devant la place. C'est souvent moi dans mon histoire. Le Japonais moyen essaiera toujours de saisir une place libre dans un wagon, même si trois personnes sont manifestement en attente et plus proche de cette place. Mais le gaijin peut changer la donne. On me regarde souvent bizarrement dans le train, la dérobée, alors même que l'on est Tokyo. Voir un jeune occidental en costume aller au boulot en même temps qu'eux doit leur faire un effet étrange. Ajouter cela quelques habitudes que j'ai qui leur semblent bizarre, par exemple celle de m'adosser aux portes, aux parois ou aux barres, pour avoir un bon équilibre et pouvoir bouquiner tranquillement. Ici les wagons sont bien souvent divisés proprement en deux, chaque moitié du wagon regardant sa paroi, le milieu regardant le dos du voisin. Donc je me retrouve face face avec mes compagnons involontaires, et ils n'aiment pas toujours ça. Une autre habitude que j'ai est de soupirer quand je suis énervé ou fatigué. ?a m'échappe dans les transports quand je me fais quasiment arracher le bras par une horde de Japonais qui se bat pour sortir du wagon, et on me regarde comme si j'allais frapper tout le monde alors qu'un Japonais peut se racler la gorge et renifler de façon dégeulasse (c'est trèa fréquent chez les hommes) sans que personne ne le remarque.

Mais je m'égare. Donc, je disais, parfois je leur fais peur et ils n'osent pas s'asseoir quand un siège se libère devant moi. Je ne sais pas trop ce qui leur passe par la tête, mais toujours est-il qu'ils me dévisagent souvent avant de s'asseoir, ils ne doivent pas croire leur chance et se demandent pourquoi refuse le siège. Et bien au début c'était parce que je méprise ces petits jeux mesquins, maintenant je laisse une place libre pour faire un heureux et voir leur expression chafouine quand ils se rendent compte que non, je ne vais pas m'asseoir, même si je suis le plus proche, et que donc ils peuvent commencer donner des coups de coudes pour choper une place. Struggle to sit.

Je reviens mon quotidien: donc, dans le train, c'est bondé, tout le monde se marche dessus, ne s'excuse pas, et les gens bourrinent pour entrer dans les wagons déj blindés. Et tout le monde souffre en silence, tout le monde lutte pour entrer et sortir des wagons. Bien sûr, personne n'a le choix, mais en France de telles situations dégénéreraient vite en insultes voire en coups, ici on subit pour le bien collectif.

M'enfin... Mon nouveau stage est vraiment bien, je fais du benchmarking sur l'industrie nucléaire et ça m'intéresse. Comme dans mon ancien stage au laboratoire de recherche, il y a des petites musiques régulièrement, mais pas les mêmes, pour marquer le début de la journée, la pause, le déjeuner, et la fin théorique du travail. Ces petites musiques selon mes collègues sont un vestige du temps ou le travail chez Hitachi n'était que physique, et où il fallait régulièrement s'étirer, ce qu'on faisait en musique, ainsi que la gymnastique du matin. La lumière des bureaux est éteinte de midi midi 45, pour empêcher tout salarié de travailler pendant sa pause déjeuner. Sachant que les Japonais engloutissent leur déjeuner une vitesse effrayante, l'idée n'est pas inutile... Mais on trouve toujours des employés travailler, même sans lumière...

Voil , c'était un article aussi subjectif que cathartique, demain je repars pour une autre semaine en tant qu'apprenti salaryman.

        

Takao

1 novembre 2008   -   20 photos  -   1 commentaires

Lieu de recueillement dans la montagne, avec une petite cascade en fond...et un lampadaire. Bien sûr. ?a, c'est très japonais.

Balade au ?尾山 (takao-san) mont Takao entre Français ce samedi. Petit mont, environ 600 mètres, mais couvert de forêts et de petits sentiers escarpés. ?a fait du bien de sortir un peu de la ville de Tokyo, ce n'est pas si facile quand on connaît la taille de cette dernière.

Il y a de nombreux chemins, par l'intermédiaire desquels on peut accéder des belvédères, aller admirer des singes, voir des cascades... L'attraction principale est bien sûr en automne les feuilles rouges, mais il est encore trop tôt début novembre.

Statue de jizo dans la forêt

?videmment il y avait des temples, avec parfois des statues de jizo, Bodhisattva chargé de sauver les âmes en peine. Ces statues représentent souvent au Japon des enfants avec des bavoirs et/ou des bonnets rouges, régulièrement changés par les familles ayant perdu des enfants la naissance. Le mont Takao est censé aussi être un lieu de méditation, où il est possible de voir des moines méditer sous les cascades... Si tant est qu'il y ait encore des moines faire ça, et dans des lieux aussi fréquentés, ils sont restés cachés.

Voil Poulpy !

La vue en haut duTakao est sympa sans être transcendante. Le mont Fuji est visible par temps clair, si l'on se trouve du bon côté, ce qui n'était pas notre cas. Nous voyions Tokyo la place, je vous laisse regarder les photos. ? savoir: on peut trouver des calamars grillés en haut du mont. Le mien n'était pas très grillé, et puis froid sur une montagne ça fait quand même étrange. La grande rasade de sake offerte dans des boîtes de bois est en revanche un très bon plan, et on peut garder la boîte.

Si vous cherchez un coiffeur, c'est au quatrième... On remarquera quand même que le petit cochon est attaché...

Fin de parcours assez classique: on se retrouve dans un petit restaurant de Tokyo, goûter des plats locaux plus ou moins connus...et plus ou moins ragoûtants. Nous avons échoué dans une glacerie très sympathique, et très bonne, caractérisée entre autres par la puissante manifestation qu'au Japon le client est vraiment Roi. La glace est préparée avec soin sous nos yeux, on nous demande quelle glace est pour qui de manière parler au bon client lorsque la glace est préparée (avec le détail du processus: "l je mets le chocolat", "je rajoute des cookies",etc.). Et cerise sur le gâteau, la petite chanson pour se donner du coeur l'ouvrage et mettre de la bonne humeur dans la file d'attente, car file d'attente conséquente il y avait. Forcément, un service personnalisé ça demande du temps. Jugez par vous-même de la qualité de l'animation, la vidéo est par ici. Pour information, il était 21/22h...

        

Cucul

26 octobre 2008   -   69 commentaires

Aujourd'hui, ?? chakai ("rencontre autour du thé") cérémonie du thé traditionnelle avec mon ancienne famille d'accueil, les Kawamata. J'ai retrouvé l'univers des jeunes célibataires/épouses/mères de familles/grand mères japonaises, qu'on avait beaucoup fréquenté Hirakata parce que les femmes japonaises ont souvent du temps et/ou parce qu'elles aiment les activités de groupe. J'étais content de retrouver cette ambiance, pour exactement les mêmes raisons qui m'en avaient lassé dans le Kansai.

Regards furtifs et chuchotements des plus jeunes, curiosité ouverte des mères de famille et franc amusement des aînées qui viennent presque me pincer les joues; le Français est dans la place ! Ma ?母??? okaasan (maman) de Yamato fait partie d'un groupe qui chaque semaine se réunit pour la cérémonie du thé, et peaufine cet art traditionnel japonais. J'étais donc "son" étranger, et elle était toute fière de me présenter: c'est l'étudiant Français que j'ai accueilli 2 mois la maison. Regardez, il sait-même les formules de politesse et tenir les baguettes, il parle même en Français quand on lui demande.

On me demande d'où je viens, je réponds "France", on tombe en pâmoison, on me dit que je parle bien japonais, on m'assomme de phrases très gentilles que je ne comprends pas, on ne comprends pas pourquoi je ne comprends pas alors que pourtant je "parle Japonais" (beaucoup de Japonais ont du mal concevoir qu'on puisse faire une phrase correcte dans leur langue sans être pour autant bilingue...), je me sens bête, et ma "maman" me regarde avec des yeux rieurs, on boit du thé, on mange des petits gâteaux, on me parle de la France, on parle de la cérémonie... C'est très cucul comme ambiance, mais côté de l'indifférence quasi-hostile que j'affronte tous les jours -et dès le petit-déjeuner- avec mes loustics du dormitory (hommes célibataires japonais ingénieurs), et bah c'est même agréable.

C'était sympa d'être parachuté au milieu de cette cérémonie, et puis c'est dans l'esprit: un proverbe japonais dit propos de cette cérémonie ????? ichigo ichie; littéralement "une fois, une rencontre"; toute rencontre est importante, car elle est peut-être unique.

Je commence bien assimiler le japonais parlé de tous les jours, tant et si bien que j'ai parfois du mal repasser en mode poli. C'est assez curieux; l'ambiance cette cérémonie était très cordiale, ça papotait, etc. mais tout le monde utilisait les formules de politesse complètes, juste le temps de la cérémonie.

        

Retards

19 octobre 2008   -   5 photos  -   3 commentaires

Carte explicative dans un bar/restaurant japonais. Disponible en Japonais, traduite ensuite en un Anglais incompréhensible, puis partir de cette dernière version traduite Français... Je vous laisse agrandir la photo et déchiffrer !

J'ai accumulé quelques retards ces derniers temps. ?a n'était pourtant pas faute de temps en semaine, puisque je me borne au minimum syndical pour mon stage actuel, mais par flemme le soir, et des fin de semaine plutôt (heureusement) chargées. "Plus on en fait, plus on en fait", dit toujours mon frère, et l'inverse est vrai. Le soir je suis fatigué de n'avoir rien fait de ma journée, alors j'ai envie de ne rien faire pour récupérer.

D'où, retards. Retard dans les billets de ce blog, j'ai plein d'idées puisque je commence être au Japon depuis assez longtemps maintenant pour avoir des choses pertinentes dire sur la façon de penser des Japonais. C'est en réalité ce que je crois, chaque jour je crois tenir un aspect général et simple de la culture japonaise, le lendemain je le perds. Bien sûr je ne cherche pas des vérités monolithiques vous asséner, et ce n'est pas quelques contre-exemples qui freineraient le processus, mais je n'ai pas envie d'enfoncer des portes ouvertes ni d'écrire n'importe quoi. Je cherche des aspects simples de cette culture vous présenter, et sans vous gâcher le plaisir de la surprise je vais peut-être faire ça sous forme de préférences ou attitudes relatives, de comparaisons.

Par exemple, l'exemple anecdotique du créneau. Certaines voitures ici sont dotées de caméras l'arrières très utiles lors d'un créneau, mais ça n'est pas le sujet. Si ce dispositif est absent, un Japonais se garant préfère en général ouvrir sa portière pour vérifier son créneau que de regarder dans le rétroviseur. Pourquoi donc ? Une des premières choses qu'on apprends en auto-école en France est justement de pouvoir tout contrôler de la place du chauffeur. Les Japonais conduisent gauche (beurk) mais plutôt bien, et de nombreuses rues dans les villes de banlieues ici sont très délicates aborder en voiture au vu de l'urbanisme déplorable du Japon. Donc, pourquoi ouvrir sa portière ? Est-ce un désir de faire vite et bien ? De l'angoisse et un manque de confiance ? Je ne sais pas trop, pour ce genre de réponses il faudrait être dans la tête des Japonais, et même en essayant très fort j'ai bien du mal réussir ça. Le but de cette observation est ailleurs: ce qui m'a le plus choqué en voyant cette attitude (vraiment, je vois ça très souvent) est de réaliser que ce qui me retiendrais en premier lieu de faire ça en cas de doute relève plus de l'amour-propre (sûrement mal placé) que d'autre chose. C'est pourtant je pense assez dangereux de placer le chauffeur dans une position inconfortable en faisant ça, même pour un temps aussi court et vitesse réduite. Sur ce point précis je ne pense pas que ce soit un problème d'extrapoler, ne tenant pas plus qu'un autre sauver la face en voiture, et encore moins faire mon kéké; admettons donc que les Français hésitent beaucoup plus ouvrir leur portière au moment de faire un créneau (je parle de manière générale, pas en cas de problème particulier lors du créneau) parce qu'ils sont plus préoccupés de leur image que les Japonais. En cherchant un peu on peut trouver beaucoup de situations, surtout pour les hommes, dans lesquelles un Japonais ose beaucoup plus qu'un Français. On sait pourtant les Japonais très attentifs leur image dans la société, et leur conception de l'honneur. Je rappelle qu'il y a encore régulièrement des suicides au Japon pour des histoires d'honneur: des prisonniers se suicident dans leur cellule en expliquant dans leur lettre d'adieux qu'ils ont pris la mesure de leur crime et donc se donnent la mort pour se racheter, des hommes politiques ou des sommités du monde sportives qui assument leurs échecs, etc. Les Français ont peut-être tout simplement une conception de l'honneur qui leur fait confondre honneur et réputation... Je pense quoi qu'il en soit que les Japonais sont très soucieux de montrer leur capacité au travail et leur moralité, mais que l'apparence physique ou des attitudes qu'on pourrait qualifier de "cools", voire de "classes" les travaillent moins que les Français. Voil pour une ébauche de comparaison; je n'ai pas dit "les Japonais n'ont pas peur de ressembler rien", j'ai dit... Autre chose, que je n'arrive pas résumer proprement. Je vais quand même essayer, mais pas maintenant.

Lever de soleil sur la plage d'Enoshima.

Autre retard: mon étude du Japonais ! Sur cinq semaines, soit 25 sessions d'étude, j'en compte 17 de faites... Et plus d'une pendant laquelle la grammaire a été laissée de côté. Motivation, motivation...

Par ailleurs c'est presque confirmé; partir du 27 je change de stage, je pars pour les bureaux de Marunouchi, en plein Tokyo, faire du benchmarking. Et ça, c'est bien. J'aurais donc si ça se confrime chaque jour minimum 2h de transports de plus, et l je travaillerais peut-être plus que le minimum syndical, mais c'est pour le mieux: je ferais quelque chose d'un peu formateur, je pourrais peut-être même être utile, et puis je verrais des Japonais qui n'auront pas (trop) peur des étrangers. Donc, je croise les doigts.

        

Hitachi

8 octobre 2008   -   7 commentaires

Le kanji de l'eau, prononcé mizu ou sui et utilisé entre autres pour le mot mercredi (sui-yôbi).

Aujourd'hui, journée sans heures supplémentaires. C'est un règlement de la boîte, des employés passent pour s'assurer que les bureaux sont bien vides... Enfin c'est ce que mon collègue (en réalité le seul avec lequel je peux à peu près discuter) m'a dit, je n'ai vu personne. Hitachi oblige ses employés une fois par mois à partir à l'heure théorique de fin de journée, 17h, ça leur permet d'avoir une vie familiale une fois par mois.

Bon je suis méchant, mais après bientôt un mois chez Hitachi j'ai retrouvé des caricatures de Japonais dont j'entendais tant parler en France. J'ai déjà parlé de ce choc culturel, mais j'ai dû mal à m'en remettre. Les déjeuners sont engloutis en 10-15 minutes (montre en main), d'ailleurs le réfectoire n'est ouvert qu'un peu plus d'une heure pour 1000 employés, ce qui tombe bien car une bonne partie des employés mangent devant leur écran en travaillant. Le sérieux je veux bien, mais voir ça me fout le cafard à chaque fois. Dans le réfectoire beaucoup de gens qui mangent seuls. Très peu parlent, et les groupes sont unisexes.

Vendredi dernier un collègue est venu discuter, au bout de 3 semaines c'était la première fois qu'on ne faisait pas que répondre à mes questions directes. Le sujet de sa question ? Qui des Anglais ou des Allemands sont les moins aimés en France. J'ai naturellement et sans réfléchir répondu que les Anglais étaient les ennemis traditionnels des Français, ce qui ne l'a pas du tout satisfait. Il était naturel pour lui que les Français en veuillent plus aux Allemands après les nombreuses guerres et tensions de ces deux derniers siècles entre les deux pays, ce qui est compréhensible, et est reparti avec ce même avis sans me laisser le temps de lui expliquer qu'il n'en était rien.

Le laboratoire est situé au milieu d'un grand parc, beau mais très mal entretenu, où j'ai pu apercevoir un chien viverrin (racoon dog pour nos ennemis amis les Anglais). ?a suffit à rendre une de mes journées intéressante en ce moment, je n'en demande pas plus.

Bon je ne me laisse pas non plus abattre, heureusement le débit de la connexion internet du dormitory est top.

                                                  \(^_^)/

        

Sumo

29 septembre 2008   -   47 photos  -   2242 commentaires

Samedi dernier je suis allé assister à un match de sumo. Très impressionnant, autant la performance des sumotori (lutteurs sumo) que le respect et l'adulation que l'on sens chez les spectateurs. Les sumotori sont traditionnellement associés à des modèles de vertu et considérés comme plus proche des dieux que les autres Hommes. Ici pas besoin de protéger les stars par des barrières, je n'ai pas entendu un seul cri contre un lutter, mais au contraire les gens se pressaient (en bon ordre) pour s'approcher des lutteurs et les toucher. Le sumo est un sport entouré de nombreuses cérémonies et tradition, et jusqu'à récemment préservé des scandales de dopage, de pots de vin et autre joyeusetés dont les journaux occidentaux regorgent depuis un bon nombre d'année.

Oui, c'est bien un sumotori Samsung, la publicité est partout. A l'issue de certains matchs et grâce aux sponsors l'arbitre remet en main propre au vainqueur une enveloppe avec une certaine somme d'argent.

Pourtant depuis l'année dernière et un scandale lié à la mort d'un élève lors d'un entraînement, rien ne va plus. Au début du mois une grande première: trois lutteurs russes ont été contrôlés en possession de cannabis. Ils ont tous les trois été renvoyés de leurs écuries (oui, on dit écurie pour le lieu et l'institution dans lesquels les lutteurs sont entraînés) et exclus à vie de ce sport. Le dirigeant d'une des écuries a démissionné en s'excusant (à la place de son élève) d'avoir déshonoré le milieu du sumo. Il n'avait rien à voir dans l'affaire, mais c'était selon lui une question d'honneur. Depuis rien ne va plus: un des lutteurs exclus pleurniche pour revenir, a porté plainte, et dénonce maintenant des matchs truqués et arrangés, prétextant qu'il veut "aider à nettoyer ce sport".

Le sumo est donc de plus en plus critiqué, et de plus en plus délaissé par les Japonais... Quoi qu'il en soit on sentait une vrai ferveur des spectateurs présents ce week-end, et certains sumotori avaient un fan club féminin conséquent, des vrais groupies qui criaient et scandaient leur nom à leur apparition !

Je vous laisse regarder les photos, moi j'ai beaucoup aimé. Les matchs étaient très courts, en moyenne moins d'une minute, parfois même moins de 3 ou 5 secondes. Ne vous étonnez pas de voir des maigrichons combattre, ils sont encore en entraînement !

J'ai deux petites vidéos: la première est une lutte, assez longue et j'ai eu la chance d'en filmer une avec projection au sol, la seconde montre le champion de la journée avec un arc... Un genre de cérémonie sûrement, mais j'ai rien compris.

Sources:
Le chef du sumo japonais démissionne (Le Figaro)
Combats de sumo truqués (France 24)
Sumo: une fière tradition japonaise... (France 24)

        

Choc culturel

21 septembre 2008   -   5 commentaires

Pas de photo pour ce billet, donc je mets un kanji. Très commun, ce kanji peut signifier soleil, journée, et est utilisé dans le mot dimanche (nichi-yôbi).
Comme tous les jours de la semaine au Japon, le nom nichiyôbi est inspiré de la nomenclature occidentale (sun-day, Sonn-tag,etc.).

Je me suis confortablement installé dans mon nouveau dormitory. Logement fourni par Hitachi, 130 hommes célibataires y résident et travaillent au laboratoire de Kokubunji. Je suis très chanceux; Hitachi a construit ce logement lors de la bulle financière des années 90 qui lui a beaucoup profité ( bulle de la "nouvelle économie"). Il est donc très confortable par rapport aux autres dormitories japonais: j'ai une chambre d'une dizaine de mètres carrés, un mini réfrigérateur, un lavabo et une douche personnelle. Tout sent le neuf et le bois, et je peux profiter d'une bibliothèque, une salle de TV, une salle de sports et même un grand bain ouvert au résidents, type sentô. J'aurai même internet dans environ une semaine. Là encore coup de chance: les fournisseurs d'accès à internet se battent en ce moment pour capturer les clients du coin, et pour ça ils offrent à tout-va des mois gratuits, sans engagement ultérieur. Je vais donc avoir internet pour 3 mois, sans engagement, et quasiment gratuitement.

Pour le logement donc, c'est la vie de château. Pour le boulot c'est une autre paire de manches. J'essaie de régler ça avec les ressources humaines, mais j'ai été placé dans un service de micro-électronique; mes collègue m'ont passé des bouquins de physique/électronique, et je dois me débrouiller pour être utile. Forcément c'est impossible, ce sont des Ph.D. et je n'ai pas fait de physique depuis la terminale, sans parler de mes problèmes personnels avec les mathématiques. Mes collègue sont les ingénieurs japonais les plus "ingénieurs japonais" du Japon. J'étais venu de France il y a bientôt 3 mois avec beaucoup de clichés en tête sur les Japonais et leur manière de travailler et de communiquer. J'avais été agréablement surpris chez IBM puisqu'on m'avait décrit les Japonais en général difficile d'accès... Et bien je crois que j'ai trouvé des "vrais Japonais" chez Hitachi! Je suis le premier stagiaire et le premier étranger dans mon service et mes collègues ne savent pas comment me gérer. Ils sont très sympathiques, mais la communication est très difficile. Par exemple pour me parler d'une réunion/sortie entre collègues je les entends discuter entre eux pendant un bon quart d'heure, désigner quelqu'un pour enfin venir m'en parler. Et les autres de m'observer avec curiosité tandis que j'essaie de comprendre ce qu'on peut bien vouloir de moi.

Enfin, après tout je suis là pour ce choc culturel, mais j'ai été très surpris de le ressentir après 3 mois passés sur place ! Je serai peut-être muté le mois prochain, en attendant je vais faire de mon mieux en alignant des 0 et des 1.

Par ailleurs ce week-end j'ai passé une nuit chez des amis à Kamakura, au sud de Tokyo et au bord de la mer. Réveil ce matin vers 7h10 par un petit tremblement de terre, sympa. Imaginez vous dans un lit (j'étais par terre sur tatami, mais c'est pour l'image), et un comique s'amusant à secouer le lit de toutes ses forces. Sauf que là vous n'avez pas l'impression que la lampe au-dessus de votre tête bouge, elle bouge vraiment...

Avec mon hôte nous avons pu faire une petite balade de quelques heures en vélo dans le coin de Kamakura / Enoshima...sous la pluie diluvienne, la faute aux typhons qui n'arrêtent pas en ce moment. Dans la région de Tokyo nous ne subissons heureusement que la pluie. Un peu marre d'être trempé tout le temps, contre ce genre de pluie les parapluies ne servent à rien.

Pas moyen de louer un DVD au retour; le magasin demande un numéro de téléphone. Comprends pas. J'ai un passeport, une ??人???? gaikokujin card, littéralement une carte d'étranger, ie de résidence, et une adresse valide. Pourquoi un numéro de téléphone ? J'en ai un, mais mon portable était déchargé et je connais pas bien mon numéro. N'importe quel clampin peut avoir un numéro de téléphone au Japon, donc pourquoi ? Avoir une carte de résidence et une adresse n'est par contre pas donné à tout le monde...

Même topo au pressing dans lequel je viens rechercher mes chemises, mais là le coup du  pauvre étranger qui ne comprend pas a marché... En sortant m'est venu une pensée terrible, une des plus paniquantes que je connaissent... Ma clé ? Hein ? ?? doko ? Où ? La fille du magasin de DVD avait raison de ne pas croire en mes garanties, je suis SDF. J'ai dû la laisser chez mes amis, elle est peut-être tombée lorsqu'on a mis les affaires détrempées à sécher. Après une recherche approfondie je conclus que ma clé est bel et bien perdue.

Solution 1: M'introduire chez moi par la fenêtre. Avec la pluie battante et l'étage, mieux vaut ne pas essayer. Et puis j'ai consciencieusement fermé cette fenêtre à clé avant de sortir.

Solution 2: revenir chez les mes amis les Yamazaki. Mais mon portable ne fonctionne pas, pas moyen de les prévenir que je reviens, et ça fait plus de 4h aller-retour avec mes chemises, mes courses, etc.

Solution 3: Le gardien... En vacances le dimanche. Je sonne quand même, de dépit. Et là, miracle, l'épouse du gardien est là, un dimanche soir ! Dieu bénisse les Japonais, j'ai pu avoir une clé de rechange.

Home sweet home ! J'ai pu refaire sécher mes savates et mes habits, le typhon n'ayant pas cessé là-bas au sud. Ma chambre va encore sentir le détrempé, cette pluie commence à être agaçante...

        

Lock Up

14 septembre 2008   -   8 photos  -   1 commentaires

Dans ce restaurant, on a vue sur les voisins à travers les barreaux...

Petite sortie très...tokyoite. Formule classique Izakaya, en gros plusieurs petits plats dégustés en commun, mais le lieu était différent des restaurants aux murs de bois et de papier habituels. Le nom: le Lock Up. Avec un nom comme ça il fallait s'attendre à quelque chose de...spécial, et nous avons été bien servis.

Arrivée dans la cave, tout est noir et on entend des bruits étranges. Hurlements, bruits de chaînes: des choses bougent dans l'ombre, sur notre passage. Soudain du bruit, de la lumière, on se retrouve face à un mort vivant en plastique dans un cage qui se débat pour quitter sa chaise électrique... charmant. On arrive à la porte proprement dite, et sur notre choix on choisit un leader pour le dîner. Ce dernier est promptement menotté par la serveuse (pas très enthousiaste mais on peut comprendre, ça doit être lassant à la fin), et tout ce petit monde trouve une table dans une des nombreuses cellules du restaurant.

Le grand méchant loup vient effrayer les clients de temps en temps.

Murs décrépis, taches de rouilles, barreaux, portes de prison (mais toujours avec le petit meuble pour y poser ses chaussures avant d'entrer dans la cellule, restons Japonais), serveurs zombis qui surgissent lorsque les lumières sont subitement éteintes: ambiance, quoi. Les cocktails étaient particulièrement réussis, entre éprouvettes, seringues ou oeil flottant dans la liqueur.

        

Du Bellay

12 septembre 2008   -   4 photos  -   8 commentaires

Déjeuner à la Japonaise avec les collègues.

Dernier jour chez IBM. C'était vraiment sympa, j'aimais bien l'ambiance. Déjeuner dans une salle traditionnelle avec l'équipe; dans les bâtiments du laboratoire il y a  une pièce dédiée, pour les clients importants ou les occasions festives comme celle-ci.

Parfois c'était fatiguant bien sûr; petits exemples de mes craquages sur mon petit ordinateur dans le grand open-space...

Liste de mots à décomposer en phonèmes, mots que vous imaginez bien choisis:


Ceci est une tranche de PHP (qui marche) écrite sous l'effet la fatigue nerveuse et du manque de gâteaux (comment ça, blague de geek ?):

        $pudding = file_get_contents($workFile);
        $lines = explode("\n",$pudding);
        $morceaux = explode("\n",$pudding);
        foreach($morceaux as $morceau)
        {
          $petitsMorceaux = explode("\t",$morceau);
          [  .   .   . ]
          $morceau = implode($petitsMorceauxEcrases,"\t");
          $morceaux[] = $morceau;
         }
        $pudding = implode($morceaux);

J'ai beaucoup travaillé mon français, histoire de réviser mes classiques en éduquant mon petit programme. Donc je lui ai fait ingurgiter une bonne partie des fables d'Esope et de Lafontaine. Exemples:

J'ai aussi dû expliquer à mon équipe (et implémenter ça dans le code de la bête) le gestion des syllabes en Français; "Heureux qui comme Ulysse" de ce bon vieux du Bellay m'y a bien aidé: tout en alexandrins bien carrés c'est plus facile pour entraîner le logiciel. Parce que je lui dois bien ça, et parce que c'est un très beau poème:

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.


Joachim du Bellay