Brève du 13 octobre:

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Migrations pendulaires

29 novembre 2008   -   18 commentaires

Chroniques du rail, deuxième. Le quotidien du salaryman japonais n'est décidément pas une sinécure. Compressé dans la chaleur étouffante du wagon entre un autre salaryman se raclant régulièrement la gorge jusqu'� l'�?sophage, concentré sur sa console portable et sa simulation d'élevage de cheveux (!) et une lycéenne en uniforme blasée au regard vide, on pourrait être tenté comme elle de se laisser aller � une douce résignation, fermer les yeux et attendre son arrêt (pour moi le terminus) dans la marée humaine de voyageurs qui n'ont rien demandé et se retrouvent coincés comme vous avec des inconnus dans un wagon... Pires pour eux, ils sont même coincés avec un gaijin, un étranger.

Grave erreur ; méfions-nous de l'eau et du salaryman qui dorment. Au moindre mouvement brusque des voitures cette marée humain vous fera sentir d'abord le poids de tout ses Japonais déséquilibrés, puis les coudes des quelques résistants. Les voitures étant bondées et les Japonais souvent aussi costauds qu'une crevette mononucléosée, ils se laissent bien souvent (em)porter par le flux, et tant pis pour les malheureux au bout du rouleau wagon et du gaijin qui soupire dans son coin... Je suis persuadé qu'on peut se faire une déchirure ou un claquage dans les transports japonais en essayant de ne pas se comporter comme un flan lors des freinages et virages des voitures. J'espère bien ne pas en devenir une preuve vivante, mais pour ma peine et mes efforts héroïques dans la défense de la dignité humaines je récolte chaque jour de nouvelles courbatures et douleurs dans le bras.

Le pire reste pourtant � venir, et peut être annoncé par la tension soudaine que vous sentez dans le dos (quand vous êtes chanceux) de votre voisin � l'approche de la station ; il veut descendre. La mission d'individus vicieusement disséminés dans le wagon est de sortir, et vu l'empressement des congénères qui veulent rentrer ils font bien de se raidir. Il convient de repérer les signes avant-coureurs de l'activation de vos compagnons-zombies, vos futurs pires ennemis dans votre épique aventure pour aller au bureau. J'ai déj� signalé le raidissement, et il y a aussi bien sûr le rangement du journal/livre/magazine/portable/jeu électronique du prévenu, mais sur ma ligne les gens n'ont pas souvent la place de sortir quoi que ce soit, et ceux qui le font sont souvent silencieusement haïs par une bonne dizaine de personnes durant leur trajet. Il faut chercher plus en détail: le regard furtif et angoissé porté sur la montre-bracelet après un dangereux et fatiguant dégagement du bras pour le porter � hauteur de visage (mais attention, les tentatives de dégagement de bras sont souvent de fausses alertes genre grattage de nez), la convergence des regards des Restants vers un siège encore occupé (les Japonais étant meilleurs que vous � ce jeu par la force de l'habitude et leur capacité supérieure de lecture de visage d'un compatriote, fiez-vous � leur instinct) ou bien encore le blanchiment des jointures des mains enserrant l'attaché case ou le sac � main peuvent vous renseigner.

Une fois les Sortants en puissance les plus proches repérés, et en n'oubliant pas leurs éventuels complices que vous avez dans le dos (impossible de tourner le torse, trop de monde), il faut chercher du regard une planque pour s'y faire tout petit, un endroit permettant de maximiser votre sécurité, soit par l'assurance d'une prise solide soit par son éloignement des trajectoires futures des Sortants et des Entrants (attention, les Entrants sont souvent très entreprenants et n'hésitent pas � jouer du coude pour piquer une planque que vous auriez manquée ou s'en ménager une, même loin � l'intérieur du train). Que vous ayez trouvé une planque ou non, accrochez-vous � votre bagage et ne le lâchez sous aucun prétexte, il ne sera pas volé mais personne n'hésitera � le faire tomber et le piétiner puisqu'il n'a rien � faire sur leur chemin... Le mien peut témoigner.

Voil� , alea jacta est, ça part. Plus de raclements de gorge dégueulasses, de simulation de coaching d'équidés ou d'uniformes kawaii (mignon) qui tiennent ; les regards des Sortants prennent la fixité des démons déments et leur lutte muette contre les Restants et certains Entrants, les premiers comme les seconds évitant soigneusement de regarder leurs adversaires empressés, n'est pas sans me rappeler dans mes moments de pseudo-réflexion � deux yens (ie en ce moment presque 2 centimes d'euros, un record) la lutte des êtres contre la marche du monde et des sociétés...ou une migration de gnous.

PS: Aucun Japonais n'a été blessé durant la rédaction de ce billet

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Commentaires sur ce billet:

1. Kershin:

On dira ce que l'on veut mais ? Tokyo, Paris ou ailleurs, un wagon bond? g?n?re toujours les m?mes tensions Sortants/Restants/Rentrants ^^ C'est juste que Paris n'est pas encore en surpopulation par rapport aux moyens de transports et en particulier certaines lignes tr?s usit?es. Les gr?ves en sont un avant go?t ? Paris et si cela peut te rassurer le mois de novembre en porte souvent son lot! Heureusement pour moi je ne pratique plus de RER A ni la Chuuo-line :p

2. MM:

C'est pas faux!

3. Louis-Marie:

Oui, mais ?a fait toujours plaisir de se d?fouler sur les gens, en l'occurrence les Japonais, qu'on a sous la main ! Les tensions sont les m?mes mais la surpopulation et la passivit? des Japonais portent ces tensions ? un tout autre niveau... Les Fran?ais par exemple n'accepterait jamais de se voir pousser pas le staff de la station ou de se faire bousculer autant en silence sans avoir au moins un mot d'excuse ou un regard.

Heureusement ?a m'a ?t? ?pargn? en France pour l'instant !

4. Kershin:

De mon point de vue ce qu'on a en France n'est pas toujours plus "rago?tant". La passivit? a au moins le m?rite de t'?viter de te stresser d?s le matin. C'est une forme d'acceptation pour ne pas prendre la chose personnellement. De toute fa?on que tu t'?nerves ou pas ?a ne changera absolument rien, les trains seront toujours bond?s et les gens doivent de toute fa?on sortie en entrer malgr? la foule... L'int?r?t de la zen attitude (= passivit? au final mais ressentie de fa?on n?gative par nous autres pauvres Europ?ens) est de limiter les mont?es d'adr?naline. En France les gens sont nettement plus agressifs et violents. Bref je suis d'accord avec toi mais on doit nuancer. C'est toujours pire quand on est dedans lol. Ne t'inqui?te pas tu vivras bien un jour une petite gr?ve ? Paris! C'est tout les ans et toujours au meilleur moment! (tiens, pour ?a je dis +1 au Japon car les gr?ves sont vraiment une sp?cialit? fran?aise...)

5. Louis-Marie:

Oui, c'est un "contrat social" comme je le disais dans un pr?c?dent billet. C'est une mani?re d'optimiser les transports et de mettre un maximum de gens dans les wagons... Mais au bout d'un moment je me sens plus boeuf qu'humain ? jouet aux Legos avec mes potes les Japonais, sans un regard ?chang?...

On est trop sanguins en France et toujours ? se plaindre, mais je me rends compte depuis que je suis au Japon que c'est "sain" d'?tre (un minimum) agit?. C'est de la saine vitalit?, m?me si elle n'est pas facilement compatible avec le mode de vie et de transport japonais !

6. Nats:

Hilarant ! Je plussoie cet article ! :)

7. Ferraslann:

Tr?s personnellement, j'aurai un peu de mal ? accepter de me faire "pousser dans le m?tro pour que ?a rentre"... ?a ne colle pas avec mes habitudes. Je tire ma toque, ?a doit pas ?tre facile tous les jours de garder la "zen attitude" :) Je suis aussi d'avis que, quand on a quelque chose qui nous p?se, il vaut mieux l'exprimer plut?t que de le garder pour sois, ?a ?vite de craquer du smurf ? 10 sur l'?chelle de Richsmurf au bout d'un moment.

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